Poèmes

Poèmes

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C'est un de mes professeurs de Français, Monsieur Allain qui m'a donné goût à l'écriture. En 1983, deux de mes poèmes furent publiés dans "Karukéra anthologie". Ces textes furent repris par Micheline Rice-Maximin dans son étude "Présence littéraire de la Guadeloupe" (1998). Quelques années auparavant, j'avais reçu deux prix aux jeux floraux de la Guadeloupe en poèsie française et en poésie créole.  

CE N'EST PAS MON PAYS     Ce n'est pas mon pays où, sous un hibiscus
On recouvre la misère, on cache la vérité. Je suis né dans une île où l'on voit et se tait,
Je suis né d'une mère usée par la misère,
Je suis né dans une case, une nuit sans lumière,
Et je suis né d'un père qui tous les soirs partait. J'ai grandi dans une île où j'étais un de trop,
J'ai grandi dans la main de ma mère, abîmée,
J'ai grandi dans une case où je fus affamé,
J'ai grandi sans mon père que les femmes aimaient trop.

Ce n'est pas mon pays, où sous un hibiscus
On recouvre la misère, on cache la vérité Mon pays, c'est une île où on connaît la faim,
Mon pays, c'est une île d'où le travail a fui,
Mon pays, c'est une île où on attend la pluie,
Mon pays, c'est une île où on est des pantins.
Ce n'est pas mon pays, sur les cartes postales,
Ce n'est pas mon pays, sur les beaux dépliants,
Ce n'est pas mon pays, aux nègres souriants,
Ce n'est pas mon pays, caché sous ces pétales.

Ce n'est pas mon pays, où sous un hibiscus,
On recouvre la misère, on cache la vérité. Avez-vous vu messieurs, ces enfants délinquants ?
Avez-vous vu messieurs, ces jeunes femmes qui se vendent
parce qu'un jour elles n'ont pu, ignorantes se défendre
Lorsqu'on donna leurs places à une du continent ?
Avez-vous vu, messieurs, ces immenses bidonvilles
Alors qu'on vous promène de belles plages en belles plages ?
Et avez-vous messieurs, au terme de votre voyage
Sentiment d'avoir vu tel qu'elle est notre ville ?

Non, ce n'est pas mon pays où sous un hibiscus
On recouvre la misère, on cache la vérité.      
Faudra-t-il te dire ?   La plume du poète n’écrit pas ce qu’il voit, Ses yeux ne sont pas pareils au commun des mortels, Il va chercher très loin ces mots qui nous martèlent Pour nous faire sortir du rêve, faire bouger notre foi.   Il sait nous faire croire ce qu’il nous communique Car ce ne sont pas ses yeux qui voient ce qu’il raconte. Ce n’est pas la beauté ni la richesse qui compte Mais ce que l’on perçoit, ce qui vient du cosmique.   C’est son cœur qui nous parle, c’est son cœur qui écrit, C’est son cœur qui écoute et qui entend le cri, Lui qui comme la fourmi sait se faire si petit Pour saisir le secret qu’on a si bien enfoui.   Pourquoi me diras-tu suis-je resté muet, Pourquoi n’ai-je pas écrit la vision du poète ? Un jour tu connaîtras la muse du poète, Un jour tu comprendras qu’on peut rester secret. A ma fille 1987                      
Cri d’angoisse   Ce n’est plus ce soleil qui vous brûle la peau, Qui s’en va se coucher avec toute sa chaleur, Qui vous pénètre l’âme, vous reste au fond du cœur, Que je vois disparaître derrière toute cette eau.   Et je sens que mon cœur se gonfle de ce sang, De ce sang de l’orgueil, de ce sang presque de haine Qui fait jaillir en moi tant de pleurs, tant de peines. Si mon cœur pleure la mort, ce n’est pas d’un parent,   Ce n’est pas d’un ami, ni non plus de ma mère. J’ai beau les retenir, mais ces larmes amères, Coulent comme le sang en une journée de guerre, Car si je pleure ce soir, je pleure sur tous mes frères.   Ciel, je n’entendrai plus jouant au coin des rues Après l’école du soir, nos enfants aux Zicaque. Nul ne répondra non plus à cette voix : macaque ! La joie du trou aux noix, on ne s’en souviendra plus.   Sauront-ils nos enfants, ce que c’est qu’un caboua, Un beau caboua avec des roues de tamarin ? Dans peut-être pas longtemps, il n’en restera plus rien. On devra dire adieu, adieu à tout cela.   Ma gorge se dessèche et mes tympans éclatent Je pleure, j’enrage, j’étouffe, mais je crierai encor, Qu’à vous ma voix parvienne comme le son du cor Je ne suis point de ceux qui bêtement vous flattent   Non, écoutez donc mon cri, cri de l’âme d’un peuple, Approchez-vous Messieurs, approchez-vous encore. Regardez cette fleur qui demain va éclore Je vais vous dire son cri, cette fleur c’est mon peuple.   Je ne veux plus être un peuple colonisé.                           La mulâtresse Solitude  Assoiffé de plaisir, rendu fou de désir Par ces longs mois en mer, le marin à peau pâle Comme un fauve affamé, descendit dans la cale Où ces pauvres négresses ne pouvaient pas dormir. Un mélange vite fait, quelques goutes de sperme blanc Dans le corps d’une négresse, un visage jamais vu, Ni avant, ni après, ainsi fut-elle conçue. Elle fut femme et au tout premier rang. Qu’importe si ces yeux n’avaient pas la même note, Qu’importe si son âme luttait dans le noir, Qu’importe si comme un homme, chacun la voyait boire. Importe qu’un jour, elle choisit d’être des nôtres. Agent de liaison entre les nègres-marron, On la voyait partout, porteuse de message, Courant comme un démon, ou volant comme un ange, Et on la vit un jour sauter à d’Anglemont.*  * Habitation du Matouba à Saint-Claude Guadeloupe où Louis Delgres se fit sauter avec ses hommes au moment du rétablissement de l'esclavage, en poussant le cri."Vivre libre ou mourir". Solitude était sa compagne.                               Pour qui la fête ? Sous cet arbre où je cherche un peu d’ombre, là, assis, Je me demande pourquoi tout ce grand va et vient, Pourquoi toutes ces f leurs que j’ai peintes ce matin, Viendra peut-être un roi, avec sa reine aussi ?   Mais puisque je sais lire, moi, Pentecôte, eh oui ! Pentecôte, Voyons cet almanach que feuilletait sœur Angèle. Aujourd’hui, fête des mères. Ma mère c’est sœur Angèle, Mais un jour elle m’a dit m’avoir pris dans une grotte.   C’est la fête des mères, mais je n’ai pas de mères. Mon Dieu qui m’écoutez, faites qu’un jour elle revienne Cette mère jamais vue que je voudrais toute mienne.   Maman, où que tu sois, vois mes larmes amères, Reviens donc cette nuit et prends-moi dans tes bras. Souviens-toi, oh maman ! qu’un jour tu m’enfantas.  
La Muse      Tu ne viens plus le soir sous le ciel étoilé, Dans la nuit musicale aux cris de mille insectes, Me bercer doucement au son de ton dialecte. Je te cherche vainement pour me désaltérer. Le ciel est toujours gris et la mer agitée, Les arbres sont abattus, il n’y a plus de forêt, Les oiseaux sont partis, ils ont fuis le marais. Il n’y a plus d’enfant des la rue pour chanter. Je me demande ce soir, si je t’ai bien connue. J’ai cru te rencontrer, j’ai cru vivre avec toi Un rêve merveilleux qui a duré des mois. Le rêve n’est pas permis après t’avoir connue. Je crie à la nature, qu’elle me rende ma muse.   Amour    Toi qui rempli mon cœur, toi qui me rends heureux, Toi qui me parle du ciel, toi qui es ma mère bleue, Toi mon beau clair de lune, toi ma brulante fournaise, Fais de moi ce que tu veux, pourvu qu’à Dieu ça plaise.   Rends mois fou, fou furieux ou joyeux délirant, Rends-moi ivre, ivre de toi, ou alors rends-moi sage. Rends mon âme attentive à chacune de tes pages, Et parle, parle moi des étoiles et du beau firmament.   Je n’ose point te poser mille questions embrouillées, Je n’ose point te faire rire ou bien te faire pleurer, Je n’ose point m’avancer au-delà du présent, Je n’ose plus vivre sans toi, oh ! Amour bouleversant.   Mais si un jour Seigneur, cet amour doit éclore, Son parfum embaumer le monde quand c’est l’aurore, Tu permettras seigneur, que mon cœur chaque jour, Fasse monter vers toi, le merci de l’amour.   Tu as pleuré    C’était un soir de juin, on était le vingt six, On avait travaillé à une heure avancée. C’est toi, c’est moi ? Je ne sais plus qui en a eu l’idée, Mais dans ta voiture je me suis trouvé assis. Doucement on roulait en direction de Rolle. Par où on avait fait, par le lac, par les vignes ? Tu t’en souviens peut-être, fais moi un petit signe. Tu sais, je te vois d’ici, et ça me fait tout drôle. On avait stationné à côté du château, Je t’ai tendu ma main, sans un mot, tu l’as prise. On a marché un peu, il n’y avait pas de bise. Je n’oublierai jamais ce jour, que c’était beau ! Face à l’île sur un banc, nous nous sommes assis, Je t’ai parlé de moi, récité « l’âme sœur », J’ai parlé de mon île, pour certains : paradis, Sur mon épaule doucement, tu appuyas ta tête, Deux grosses larmes ont coulées, perlant ainsi tes yeux. Pourquoi … ? J’étais heureux… Toi pleurant, moi heureux, pourtant ce n’était pas bête. Sur quoi as-tu pleuré ce soir là sur les quais ? Je n’ai pas osé poser cette question indiscrète, Il y a des raisons qu’il faut garder secrètes. Bien plus tard, j’ai compris, revenant sur les quais… Ce soir là, j’étais heureux, heureux, heureux ! Ma plume sur le papier écrivit quelques vers, Devant moi, mouillés de larmes, il y avait tes yeux verts. Ecrire, c’était trop peu, je t’aimais.   Toi    Il n’y a pas si longtemps, poussant ton premier cri En venant dans ce monde, tu nous as tant réjouis. Aujourd’hui, les années, tendrement ont passées, Transformant notre enfant en une jeune fille aimée. Tes yeux, qui s’ouvrent peu à peu sur ce monde qu’est le notre, Et ton cœur qui écoute ce que dit tout bas l’autre, Te conduiront tous deux sur la route de demain, Pour tendre, et recevoir vers toi une main tendue.    Bichette L’amour que j’ai pour toi est si simple, mais si fort, Si nouveau, mais non d’hier, Si pur et si confiant Que je me laisse aller, Que je me laisse couler, Que je me laisse fondre, Que je veux être amour, Je veux être mon amour, Etre mon amour pour toi.  
Acrostiche Heureux quand la mer est calme ou le ciel gris, En hiver ou en été, toujours souris. Ne laisse jamais le doute ou le chagrin, ni Rien d’autre, mon ami, faire tomber une pluie Inondant ton amour. Souris et sois heureux.   Mais si du haut du ciel, descend ce mot troublant : Amour, alors tu comprendras et tu verras Radieuse, sur les nuées, descendre la douce enfant. Timide, elle sera et dans son cœur brûlant Ignorant un ciel noir, sa main te conduira. Ne se lassant jamais, elle t’aimera toujours, Et la main dans la main, ce sera l’heureux jour.